Avortement : quand les émotions restent enfouies dans le corps

En allant voir la magnifique pièce de théâtre Le Procès d’une vie, qui rend hommage à Gisèle Halimi et à son premier procès politique pour défendre le droit à l’avortement, j’ai été touchée par son courage, son engagement, sa passion à faire bouger la loi.
C’était il y a un peu plus de cinquante ans...et certaines attitudes mises en scène semblent appartenir à un autre siècle.
Nous avons la chance de vivre dans un pays où l’avortement est un droit, où la contraception existe. Un droit essentiel, conquis de haute lutte.
Et pourtant, vivre un avortement n’est jamais un geste neutre sur le plan émotionnel.
Je reçois des femmes qui ont vécu une ou plusieurs interruptions volontaires de grossesse (IVG), parfois une interruption médicale de grossesse (IMG). Certaines ont fait ce choix sereinement. D’autres ont traversé cette expérience dans la solitude, sous la pression de leur entourage, par contrainte ou dans des circonstances douloureuses.
Trop jeunes. Pas prêtes. Pas le bon moment. Un accident de contraception. Une grossesse médicalement compromise. Ou simplement une situation dans laquelle elles ne se voyaient pas devenir mères.
Une pilule du lendemain, un curetage, une intervention médicale n’est jamais sans conséquences sur le corps. Ni sur la conscience.
Chaque histoire est singulière. Chaque femme vit cette expérience à sa manière. Et derrière une décision, même assumée, il y a souvent des émotions qui n’ont jamais trouvé leur place.
La tristesse, la culpabilité, la colère, la honte, le soulagement aussi. Des sentiments parfois contradictoires, difficiles à partager, que l’on met de côté pour continuer à avancer.
Mais certaines émotions ne disparaissent pas simplement parce que l’on a cessé d’y penser.
Quand le corps se souvient de ce que l’on a oublié
Elle est à la retraite depuis plusieurs années lorsqu’elle vient me consulter. Elle souhaite apaiser des relations devenues difficiles avec sa fille aînée.
Au fil de la séance de kinésiologie, une mémoire ancienne émerge, en lien avec ses 21 ans.
« J’ai fait une fausse couche », me dit-elle.
Puis, presque aussitôt, elle se ravise avec des larmes qui jaillissent : « J’ai avorté! »
Comme si l’information venait subitement de remonter à son cerveau…
Ce n’était pas son choix. Ses futurs beaux-parents lui avaient imposé leur décision : ils n’étaient pas mariés, cela ne se faisait pas. Sous la pression, elle avait fini par céder. Elle avait renoncé à cette première grossesse, alors qu’une part d’elle-même aurait voulu garder cet enfant. Son futur mari ne l’avait pas soutenue.
La douleur a été telle qu’elle a enfoui cet épisode pour continuer à vivre.
Et puis, des décennies plus tard, en retrouvant les mots pour raconter ce qui s’était passé, l’émotion surgit. La tristesse, abyssale, longtemps contenue, peut enfin être accueillie.
Au cours de ce travail, nous explorons ce qu’elle porte encore : la jeune femme qu’elle était, restée seule et incapable de faire face à une décision imposée, la peine qu’elle n’a jamais pu exprimer, et ce lien d'amour qu’elle n’a jamais pris le temps de reconnaître.
Cette histoire résonne avec sa difficulté à être pleinement présente dans sa relation avec sa fille. Elle n’est pas complètement là, une partie d’elle est resté avec cet enfant avorté. Nous travaillons à remettre de la douceur là où il y a eu de la solitude, à reconnaître cette première grossesse et ce qu’elle a ressenti alors.
Peu à peu, les mots se libèrent. Elle peut regarder son passé autrement et commencer un travail de deuil qu’elle n'avait jamais pu entreprendre qui sera libérateur dans sa relation avec sa fille.
Avortement, mémoire du corps et libération émotionnelle
Nous ne traversons pas toutes des expériences comme celle là de la même façon.
On peut avoir tourné la page en apparence, construit sa vie, élevé ses enfants, sans avoir réellement pu accueillir ce qui s’est passé.
Dans mon accompagnement psycho-corporel, je m’intéresse à ce qui se joue entre le corps, les émotions et l’inconscient. La kinésiologie et l’hypnose offrent un espace pour explorer ce vécu, mettre des mots sur ce qui est resté difficile à exprimer et permettre à la personne de retrouver ses propres ressources.
Pour certaines femmes, un rituel symbolique peut également aider à marquer une étape : reconnaître une grossesse interrompue, honorer une mémoire, exprimer un au revoir ou simplement se donner le droit de ressentir ce qui est là. Allumer une bougie, planter une fleur, faire un dessin,…
Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise manière de vivre un avortement. Certaines femmes n’éprouvent aucune souffrance particulière ; d’autres ont besoin, parfois longtemps après, de revenir sur cette expérience et de libérer des couches
émotionnelles encore actives.
Faire la paix avec son histoire
J’accompagne les femmes qui ont vécu une IVG, une IMG ou une autre expérience de grossesse interrompue, lorsque des émotions restent difficiles à vivre.
En séance, nous prenons le temps d’explorer ce qui demande à être entendu, de reconnaître la femme que vous étiez à ce moment-là et de vous offrir aujourd’hui l’écoute et la douceur qui vous ont peut-être manqué.
Il s’agit de pouvoir enfin regarder son histoire sans être submergée par elle, et de retrouver davantage de liberté pour vivre le présent.
Vous avez vécu un avortement et sentez que cette expérience reste douloureuse, même des années plus tard ?
✨Un avortement n'est jamais un geste neutre. Parlons-en.
💌 Prendre rendez-vous : www.desmarchesensoi.com
📍 Cabinet de kinésiologie et d'hypnose à Garches (92)



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